Je dois l’avouer d'entrer de jeu : l’évaluation est ma bête noire. Aucune autre activité d’enseignement ne peut me faire autant sentir comme si je ne sais pas vraiment ce que je fais (en espérant qu’aucun de mes étudiants ne lit ça…). Et je suis sûr que je ne suis pas le seul enseignant à avoir le même sentiment. Nizet et al. (2016) parlent d’un besoin de formation des enseignants pour l’évaluation à distance des apprentissages. À mon avis, la grande majorité des enseignants universitaires auraient besoin de formation sur l’évaluation des apprentissages tout court.
Une situation particulièrement difficile pour moi est celle de l’évaluation des travaux écrits, qui constitue une part importante de ma tâche. Les travaux écrits sont des objets d’évaluation complexes. Les dimensions à évaluer sont nombreuses et souvent interdépendantes. On n’est pas dans le vrai ou le faux, le blanc ou le noir, mais plutôt dans des nuances de gris. Une solution à ce problème a été clairement énoncée dans la présentation vidéo sur l’évaluation de M. Stockless : la grille d’évaluation. J’utilise des grilles d’évaluation. J’ai adopté il y a longtemps la remise de travaux en ligne, sur Moodle. Le module de remise de travaux permet de développer une grille d’évaluation critériée et je profite de cette fonctionnalité. Mais comme l’habit ne fait pas le moine, la fonctionnalité ne crée pas l’outil d’évaluation efficace. Développer des critères clairs et des échelles descriptives significatives n’est pas une mince tâche. Les grilles d’évaluation ont sûrement le travail d’évaluation plus facile, mais je suis d’être convaincu qu’elles offrent une rétroaction très utile aux étudiants.
Les commentaires sont une autre dimension de l’évaluation des travaux écrits. Un autre bénéfice du module de remise de travaux est qu’il permet de retourner aux étudiants un fichier commenté de leur travail. L’ajout de commentaires écrits, que ce soit sur papier ou à l’écran n’est pas une mince tâche. Rédiger de bons commentaires, clairs et nuancés, peut demander beaucoup de temps. Cet automne, j’ai innové en enregistrant sur un fichier audio des commentaires oraux. Ç’a été pour moi une véritable révélation. Les commentaires oraux sont (pour moi) beaucoup plus rapides à faire et me paraissent beaucoup plus nuancés (le ton de la voix ajoutant une dimension). C’est énormément plus agréable et je me trouve à faire plus de commentaires qu’à l’écrit (surtout beaucoup plus de commentaires positifs). Je ne crois pas que cette approche soit pour tout le monde, mais elle fonctionne pour moi et je vais continuer à l’explorer. Je n’ai pas sondé mes étudiants pour avoir leur réaction, mais quelques-uns m’ont dit qu’ils avaient apprécié. C’est sur la liste des choses à faire pour la prochaine session.
Nizet,
Isabelle, Julie Lyne Leroux, Colette Deaudelin, Sébastien Béland et Jean
Goulet. 2016. «Bilan de pratiques évaluatives des apprentissages à distance en
contexte de formation universitaire». Revue
internationale de pédagogie de l’enseignement supérieur, vol. 32, no 2. En ligne. <http://ripes.revues.org/1073>.
Ton texte m'a beaucoup interpelé parce que pour moi aussi, l'évaluation a longtemps été mon talon d'Achille. Il faut savoir que dans mes tous débuts, l'examen, et donc le corrigé, m'était imposé. Lorsque j'ai dû faire mes propres examens, il m'en a fallu du temps pour comprendre que ce que je sais aujourd'hui, sur le design pédagogique, l'émission d'objectifs et de compétence à mesurer, etc. (Endrizzi, 2012; Stockless, 2016).
RépondreSupprimerJ’ai aussi beaucoup aimé ton approche pour la correction à l’oral. Tu en avais parlé cette session et j’ai essayé à mon tour. Personnellement, j’avoue qu’il m’a fallu quelques copies pour me sentir vraiment à l’aise… En même temps, je me dis que les étudiants voient, ou plutôt entendent, qu’on lit tout. Je songe sérieusement à le réessayer avec d’autres types de travaux.
Or, en bon scientifique que je suis, j’étais curieux de voir ce que la littérature avait à dire sur le sujet. Et curieusement, mes recherches furent très peu fructueuse. Au mieux, j’ai trouvé cette vidéo d’une professeur de français, qui utilise la méthode a bon escient https://youtu.be/yQX1Xy8f8NI. Au pire, j’ai trouvé ce mémoire, http://www.archipel.uqam.ca/2110/1/M9156.pdf, mais qui ne m’a pas semblé pertinent. Et sinon, rien. Je me suis dit qu’il y avait peut-être matière à écrire quelque chose…
Endrizzi, Laure. (2012). Les technologies numériques dans l’enseignement supérieur entre défis et opportunités. Dossier d’actualité veille et analyse de l’Institut Français de l’Éducation. No 78.
Bonjour Éric,
RépondreSupprimerJe me permets de rebondir sur le commentaire d'Alexandre. La pionnière (et inventrice) de la correction orale enregistrée est Julie Roberge, une collègue. Ses travaux sur la correction son super intéressants, surtout en ce qui concerne les commentaires aux étudiants et de la rétroaction en général. Si le sujet t'intéresse, tu peux aussi consulter:
Roberge, J. (2006). Corriger les textes de vos élèves: précisions et stratégies. Montréal : Chenelière Éducation.
Roberge, J. (2008). Rendre plus efficace la correction des rédactions rapport PAREA. Montréal. Récupéré de http://www.cdc.qc.ca/parea/786948_roberge_correction_andre_laurendeau_PAREA_2008.pdf
Bonjour,
RépondreSupprimerJe suis tout à fait d’accord avec vous, je partage le même sentiment soit à l’évaluation des apprentissages en présentiel, soit via le numérique. Cette question d’évaluation touche tout dispositif de formation et toute enseignant.
Évaluer l’étudiant pour un jugement sur le dégrée de la maîtrise de l’objectif, l’étudiant est capable de ….nécessite de l’investissement de la part de l’enseignant. Comme le confirme (Springer , 2015), nous assistons aujourd’hui à une remise en question fondamentale du paysage de l’évaluation. En plus de la capsule vidéo de Stockless, A. (2016) et de l’article de Nizet et al. (2016), j’ai lu le travail de (Springer , 2015) que je trouve intéressant dans le sujet d’évaluation des apprentissages dans un environnement numériques.
En ce qui concerne les capsules de corrections, je trouve qu’écouter des commentaires de correction est plus agréable que de rendre des copies raturées. Aussi, corriger sans papier permet la réduction de la consommation de papier, un gain de temps, et une réponse plus efficace aux évaluations, l’enseignant doit être capables d’une bonne gestion des documents et de bien choisir son matériel et les logiciels requis. Ce qui fera l’objectif d’une partie de notre travail TN4A.
Références :
Nizet, Isabelle, Leroux, Julie Lyne, Deaudelin, Colette, Béland, Sébastien et Jean Goulet (2016). Bilan de pratiques évaluatives des apprentissages à distance en contexte de formation universitaire, Revue internationale de pédagogie de l’enseignement supérieur, vol. 32, no 2, p. 1-24.
Springer, C. (2015). Evaluer les apprentissages dans les environnements numériques. Les Cahiers du GEPE, Université de Strasbourg, 2013, Espaces scolaires et plurilinguismes, pp.ISSN 2105-0368. .
Stockless, A. (2016). Introduction à l'évaluation des apprentissages », PCPUN Exploiter le numérique en enseignement supérieur, UQÀM vidéo. Notes de cours.